Le champ visuel cinétique est un examen utilisé pour explorer l’étendue de la vision, en particulier sa partie périphérique. Il complète l’examen ophtalmologique lorsque l’on cherche à préciser un déficit visuel, à suivre une maladie oculaire ou neurologique, ou à évaluer certaines aptitudes comme la conduite. Cet examen reste très utile dans des situations ciblées, notamment chez les patients malvoyants, en cas d’atteinte périphérique marquée ou lorsqu’un résultat statique laisse un doute.
Le champ visuel ne mesure pas la netteté de la vision. Il analyse l’espace vu autour du point fixé. Une personne peut donc avoir une acuité visuelle correcte et présenter malgré tout une altération du champ visuel sans s’en rendre compte immédiatement. C’est tout l’intérêt d’un examen structuré, reproductible et interprété dans son contexte clinique.
Qu’est-ce qu’un champ visuel cinétique ?
Le champ visuel correspond à l’ensemble de l’espace perçu par un œil lorsqu’il fixe un point droit devant lui. Chaque œil possède son champ visuel monoculaire, avec un large chevauchement entre les deux yeux en vision binoculaire. La zone centrale correspond au point de fixation, essentiel pour la lecture, la reconnaissance des visages, la vision des couleurs et l’acuité visuelle. La périphérie sert davantage à percevoir les mouvements, les formes et la lumière.
Le champ visuel cinétique est une technique de périmétrie dans laquelle une cible lumineuse se déplace depuis la périphérie vers le centre, ou selon un trajet défini, jusqu’au moment où elle devient visible par le patient. L’examen permet ainsi de cartographier les limites de perception dans différentes zones du champ visuel.
Historiquement, la référence est le champ visuel de Goldmann. Aujourd’hui, des appareils automatiques comme le Humphrey HFA 3 permettent aussi de réaliser une périmétrie cinétique, dans les 30° centraux ou en périphérie jusqu’à 90°, avec des stimulus configurables selon les standards Goldmann.
Chez un adulte sans anomalie majeure, le champ visuel s’étend en moyenne sur 130 à 150° à l’horizontale et 100 à 130° à la verticale. Toute baisse de sensibilité d’une zone rétinienne se traduit par un déficit dans l’aire correspondante du champ visuel.
| Élément | Champ visuel cinétique |
|---|---|
| Principe | Déplacement d’un point lumineux dans le champ visuel |
| Objectif | Définir les limites de perception et la forme d’un déficit |
| Zone d’intérêt principale | Périphérie, surtout au-delà des 30° centraux |
| Examen de référence historique | Goldmann |
| Appareils cités | Goldmann, Humphrey HFA 3, Métrovision |
| Type d’examen | Non invasif |
À quoi sert un champ visuel cinétique ?
Le champ visuel cinétique sert à détecter, localiser et quantifier une altération du champ de vision. Il apporte des informations utiles dans le diagnostic, le suivi et parfois l’évaluation du handicap ou de l’aptitude.
Ses usages les plus fréquents sont les suivants :
- analyser un déficit périphérique ou très périphérique,
- mieux définir un déficit déjà suspecté au champ visuel statique,
- confirmer une anomalie en cas de doute,
- évaluer des patients avec très basse acuité visuelle ou malvoyance,
- suivre certaines pathologies neurologiques ou neuro-ophtalmologiques particulières,
- participer à l’évaluation de l’aptitude à la conduite, à certains sports ou à certaines professions.
L’examen peut aussi aider à distinguer différentes formes de déficit. Il est notamment apprécié pour différencier un rétrécissement concentrique global d’un scotome annulaire, deux situations qui n’ont pas la même signification clinique.
Dans certains contextes réglementaires, le relevé du champ visuel est déterminant. Un champ réduit peut rendre la conduite impossible si le champ visuel horizontal est inférieur à 120° ou le champ vertical inférieur à 60°. En cas de doute, une évaluation par un médecin expert peut être demandée.
Quand demander un champ visuel cinétique
Le champ visuel cinétique n’est pas l’examen de première intention dans toutes les situations. La périmétrie statique automatisée reste la technique de référence pour beaucoup de pathologies neuro-ophtalmologiques. Le test cinétique garde toutefois une place solide dans des indications ciblées.
Il peut être demandé :
- en cas de gêne visuelle mal définie pour préciser l’atteinte,
- lors d’un trouble visuel transitoire si l’interrogatoire ou l’examen clinique ne permet pas de conclure,
- devant une anomalie de la papille, comme une pâleur, une excavation ou un œdème, même si l’acuité visuelle est conservée,
- si l’examen retrouve un déficit pupillaire afférent relatif,
- dans le suivi de pathologies chroniques du nerf optique, de la rétine ou des voies visuelles,
- dans certaines affections aiguës, notamment vasculaires ou inflammatoires, où l’évaluation doit être rapide.
Déficits périphériques, malvoyance et situations où il est particulièrement utile
Le champ visuel cinétique est surtout privilégié lorsque la question clinique porte sur la périphérie du champ visuel. C’est le cas pour des déficits situés au-delà des 30° centraux, ou lorsque l’atteinte est très marquée.
Il est particulièrement utile dans les situations suivantes :
- malvoyance avec acuité visuelle très basse,
- rétinite pigmentaire et autres maladies avec rétrécissement périphérique,
- glaucomes avancés, quand le champ peut devenir presque entièrement noir sur certaines représentations,
- suspicions de déficit périphérique diffus ou annulaire,
- patients fatigués, peu compliants, ou en difficulté avec un test automatisé long,
- situations de simulation, domaine où le Goldmann reste une référence pratique.
Dans la pratique, certains spécialistes choisissent de coupler champ visuel statique et cinétique afin d’obtenir une vision plus complète du déficit, surtout quand les données cliniques sont complexes.
Quels problèmes peut détecter un champ visuel cinétique ?
Le champ visuel cinétique peut mettre en évidence des anomalies liées à des atteintes de la rétine, du nerf optique, du chiasma optique ou des voies visuelles rétrochiasmatiques. Il ne donne pas à lui seul le mécanisme précis de la lésion, mais il aide fortement à la localiser.
Parmi les problèmes qu’il peut détecter ou préciser :
- neuropathies optiques aiguës ou chroniques,
- glaucome chronique et glaucome avancé,
- rétinopathies,
- DMLA si l’atteinte influence certaines zones testées,
- névrites optiques, y compris infracliniques dans le suivi de la sclérose en plaques,
- tumeurs cérébrales ou méningiomes situés sur les voies visuelles,
- AVC,
- hypertension intracrânienne,
- atteintes vasculaires, inflammatoires, compressives ou infiltratives,
- toxicités médicamenteuses, notamment avec certains antipaludéens de synthèse, antiépileptiques ou antituberculeux,
- atteintes toxiques ou héréditaires, dont certaines neuropathies optiques mitochondriales.
Les formes de déficit observées peuvent être variées : scotome central, scotome centrocæcal, déficit fasciculaire, rétrécissement concentrique, hémianopsie, quadranopsie ou atteinte plus diffuse.
Quelle différence entre champ visuel cinétique et statique ?
La différence principale tient au mode de présentation du stimulus. En périmétrie statique automatisée, des points lumineux immobiles apparaissent à différentes positions et intensités. En périmétrie cinétique, le point lumineux est en mouvement.
La périmétrie statique automatisée, avec des appareils comme Humphrey ou Octopus, est la technique de référence pour le diagnostic et le suivi de la plupart des pathologies neuro-ophtalmologiques. Elle est particulièrement adaptée aux déficits centraux, aux altérations fines et aux maladies qui évoluent lentement. Le programme 24-2, couvrant 48° de diamètre, explore à lui seul environ 80 % du cortex visuel.
La périmétrie cinétique, elle, garde un avantage clair pour :
- les déficits très périphériques,
- les déficits très marqués,
- la malvoyance,
- la confirmation d’un déficit douteux,
- la description morphologique précise de certaines anomalies.
| Critère | Champ visuel cinétique | Champ visuel statique |
|---|---|---|
| Stimulus | Point lumineux en mouvement | Point lumineux fixe |
| Zone la plus utile | Périphérie | Centre et zone paracentrale |
| Indications phares | Malvoyance, atteintes périphériques, déficits marqués | Glaucome, neuropathies, suivi précis dans le temps |
| Précision du suivi | Bonne description topographique | Meilleure quantification de progression |
| Référence historique | Goldmann | Humphrey, Octopus |
Dans quels cas le champ visuel de Goldmann reste pertinent
Le champ visuel de Goldmann reste pertinent dans plusieurs contextes concrets, malgré le développement des périmètres automatiques :
- chez les patients malvoyants,
- quand une atteinte très périphérique doit être cartographiée avec précision,
- lorsqu’un patient est fatigué ou peu compliant,
- en cas de doute diagnostique après un test automatisé,
- dans certaines situations de simulation, où son apport reste jugé irremplaçable par de nombreux praticiens.
Dans beaucoup de services, le meilleur périmètre reste aussi celui que l’équipe maîtrise bien. La qualité d’un champ visuel dépend largement de l’expérience de l’examinateur, de l’installation du patient et de la cohérence de l’interprétation clinique.
Comment se déroule un champ visuel cinétique ?
Le champ visuel cinétique est un examen non invasif, réalisé dans les mêmes conditions générales qu’un champ visuel statique. Il se fait habituellement en monoculaire, d’abord un œil puis l’autre.
Le patient est assis devant l’appareil, dans une pièce sombre, calme et à l’abri des stimulations extérieures. L’œil non testé est caché. Le front et le menton reposent sur des appuis pour maintenir une position stable. Une correction optique de près est placée devant l’œil examiné après vérification de la réfraction.
Pendant l’examen :

- le patient fixe un point central ou une diode lumineuse,
- une cible lumineuse se déplace selon des trajets définis,
- le patient signale le moment où il la perçoit, souvent à l’aide d’un bouton ou d’un joystick,
- l’examinateur contrôle la position de la tête, la compréhension des consignes et la stabilité de la fixation.
Le relevé peut ensuite être présenté sous forme de tracés ou, selon les systèmes, d’analyses et de rapports. Certaines représentations en échelle de gris montrent en blanc les zones normales et en gris ou noir les zones déficitaires.
Faut-il une préparation avant l’examen ?
Aucune préparation particulière n’est nécessaire. L’examen ne demande ni jeûne ni arrêt systématique d’activité avant la consultation. Il est généralement préférable qu’il soit réalisé sans dilatation pupillaire.
Quelques points pratiques sont utiles :
- le champ visuel est fait après l’étude de la réfraction,
- il doit être réalisé avec la correction optique de près,
- une bonne compréhension des consignes améliore nettement la fiabilité du résultat.
Chez certaines personnes, la concentration est plus difficile en cas de grande fatigue, d’anxiété ou de troubles attentionnels. Dans ce cas, l’examen peut être moins fiable et devra parfois être répété.
L’examen du champ visuel cinétique est-il douloureux ?
Le champ visuel cinétique est indolore. Il n’y a ni contact agressif avec l’œil, ni injection, ni rayonnement douloureux. La principale contrainte est la concentration demandée pendant plusieurs minutes.
Certains patients trouvent l’exercice un peu fatigant, surtout s’ils ont déjà une baisse visuelle, des troubles neurologiques ou une grande sensibilité à l’effort attentionnel. Cette fatigue n’a rien d’inhabituel et fait partie des limites classiques de ce type de test fonctionnel.
Combien de temps dure un champ visuel cinétique ?
La durée varie selon l’appareil, la stratégie de test et la coopération du patient. Les données disponibles rapportent :
- 5 à 10 minutes par œil selon Retina France,
- une durée totale qui ne dépasse généralement pas 20 minutes selon Ophtalbi,
- un exemple de test cinétique HFA 3 en 5 min 51 s présenté par Ophtaneo.
En pratique, la durée utile dépend surtout du niveau de précision recherché et de la facilité avec laquelle le patient repère les stimulus.
Comment interpréter les résultats d’un champ visuel cinétique ?
L’interprétation d’un champ visuel cinétique ne se limite jamais au tracé isolé. Le résultat doit être lu avec les symptômes, l’examen ophtalmologique, l’état de la papille, la réfraction et, si besoin, l’imagerie comme l’OCT ou l’IRM.
Le champ visuel permet surtout de :
- localiser une lésion sur la voie visuelle,
- quantifier l’atteinte,
- orienter certaines hypothèses étiologiques,
- suivre une aggravation ou une amélioration au fil du temps.
Peu de déficits sont totalement spécifiques d’une maladie. Un résultat anormal apporte un argument fort, mais il ne détermine pas à lui seul le mécanisme causal. Une anomalie peut aussi être surévaluée ou sous-estimée si le patient a mal compris les consignes ou s’il a eu du mal à maintenir son attention.
Comment repérer un déficit unilatéral ou bilatéral
La distinction entre déficit unilatéral et bilatéral est un point clé pour la localisation lésionnelle.
- Un déficit unilatéral oriente vers une lésion préchiasmatique, touchant les milieux optiques, la rétine ou le nerf optique d’un seul côté.
- Un déficit bilatéral peut se situer à tous les niveaux de l’appareil visuel, préchiasmatique, chiasmatique ou rétrochiasmatique.
- Un déficit de type hémianopsie ou quadranopsie fait évoquer une atteinte chiasmatique ou rétrochiasmatique et justifie une IRM ou un angioscanner en urgence.
Lorsque le déficit paraît diffus, il faut d’abord vérifier des causes plus simples comme un trouble des milieux transparents ou une correction optique inadaptée. S’il est localisé, une rétinopathie occulte peut être recherchée par OCT, complété au besoin par des clichés en autofluorescence dans l’aire concernée.
Comment distinguer un rétrécissement concentrique d’un scotome annulaire
Le rétrécissement concentrique correspond à une réduction globale et progressive des limites du champ visuel, comme si toute la périphérie se refermait vers le centre. C’est un profil que l’on peut rencontrer dans certaines atteintes diffuses de la rétine ou dans des stades avancés de maladies chroniques.
Le scotome annulaire, lui, correspond à une zone déficitaire en couronne, séparant une zone centrale relativement conservée d’une périphérie qui peut rester perçue. Cette distinction est précisément l’un des apports majeurs du champ visuel cinétique, car le tracé des isoptères aide à visualiser la forme exacte de l’anomalie.
Cette nuance a des conséquences concrètes :

- sur l’orientation diagnostique,
- sur l’évaluation du handicap visuel réel,
- sur les aptitudes fonctionnelles, notamment les déplacements et parfois la conduite,
- sur le choix des examens complémentaires.
Quand le doute persiste, la répétition de l’examen ou le couplage avec une périmétrie statique renforce la fiabilité de la conclusion.
Le champ visuel cinétique garde donc une place très actuelle, non pas comme test universel, mais comme examen de précision dans des situations bien choisies. C’est souvent lui qui permet de mieux comprendre une plainte visuelle atypique, de mesurer l’atteinte périphérique réelle et d’appuyer des décisions cliniques ou médico-légales. Sa vraie valeur apparaît quand le résultat est confronté au reste du dossier, avec une lecture fine par l’ophtalmologiste ou le neuro-ophtalmologiste.





