Le nom Alliance Vision renvoie à deux réalités très différentes, ce qui entretient souvent la confusion. D’un côté, il existe une société active dans la vision industrielle, spécialisée dans la distribution d’équipements techniques. De l’autre, un réseau de centres de santé a été au cœur d’une vaste affaire de soupçons de fraude à l’Assurance maladie, avec déconventionnement, plaintes pénales et poursuites judiciaires.
Pour comprendre le sujet, il faut donc distinguer clairement les structures, les dirigeants cités dans les sources, l’ampleur des faits reprochés et la situation concrète pour les patients. Cet article rassemble les éléments publics disponibles et les replace dans leur contexte.
Qu’est-ce qu’Alliance Vision ?
Un groupe de centres de santé distinct de l’entreprise de vision industrielle du même nom
Le terme Alliance Vision peut désigner un distributeur d’équipements et solutions de vision industrielle. Le site officiel de cette activité présente des rubriques liées à la société, au support technique, aux produits, aux applications industrielles et scientifiques, ainsi qu’aux partenaires et références clients. On y trouve notamment des caméras, des systèmes de vision, des optiques, des éclairages, des logiciels et des accessoires.
Cette activité n’est pas celle qui a fait l’objet de l’affaire médiatisée sur la fraude à l’Assurance maladie. Les articles de presse traitent d’un réseau de centres de santé portant le nom Alliance Vision, avec des implantations dans plusieurs villes françaises.
Les données d’annuaires d’entreprises mentionnent par ailleurs GROUPE ALLIANCE VISION, société immatriculée sous le SIREN 884 565 334, créée le 10 juin 2020, sous forme de SAS, avec une activité déclarée de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion (code APE 70.22Z). Son siège est indiqué au 120 avenue des Champs Elysées, 75008 Paris. Les bases consultées la signalent comme en activité, avec une procédure collective en cours selon Pappers.
Quelle était l’activité d’Alliance Vision dans ses centres ?
Les centres Alliance Vision exerçaient dans le champ des soins de santé. D’après les sources disponibles, certaines structures proposaient notamment :
- des soins dentaires,
- des consultations ophtalmologiques,
- de la médecine générale.
Le centre du Mans, cité dans la presse locale, réunissait précisément ces trois activités. Le développement du réseau a été rapide. Selon Challenges, après l’ouverture de deux établissements à Paris, les fondateurs ont investi 2,5 millions d’euros dans les locaux du Havre et promettaient d’y recevoir 250 patients par jour, 7 jours sur 7.
Qui dirigeait Alliance Vision ?
Les fondateurs et dirigeants cités dans les sources
Les articles consacrés à l’affaire citent deux fondateurs, Yahir Haddad et Avner Taïeb. Challenges indique qu’ils apparaissaient ensemble dans la communication autour du centre du Havre avant la crise sanitaire.
Sur le plan juridique, les données Pappers sur GROUPE ALLIANCE VISION mentionnent Avner Taieb comme président depuis le 24 juin 2020. Le capital social affiché est de 2 600 euros.
Le cas de Yahir Haddad retient particulièrement l’attention dans les sources de presse. Challenges précise qu’il aurait déjà été condamné dans le passé pour une arnaque aux mutuelles et une escroquerie à la TVA liées à des ventes de lunettes. Le même article le présente comme installé en Israël depuis juin 2023.
Le rôle de l’administrateur provisoire
Les données de registre font aussi apparaître Julie Graziani (nom de naissance Lavoir) comme administrateur provisoire, en poste depuis le 13 juillet 2023. Pappers mentionne une ordonnance de nomination d’administrateur provisoire datée du 13 octobre 2023.
La présence d’un administrateur provisoire traduit généralement une phase de forte tension dans la gouvernance ou la gestion de la structure. Son rôle consiste à prendre temporairement la main sur l’administration, à sécuriser le fonctionnement de l’entité, à représenter ses intérêts et, selon le cadre fixé par la décision judiciaire, à gérer les actes urgents ou structurants.
| Élément | Donnée publique disponible |
|---|---|
| Société mentionnée | GROUPE ALLIANCE VISION |
| SIREN | 884 565 334 |
| Forme juridique | SAS |
| Date de création | 10 juin 2020 |
| Siège social | 120 avenue des Champs Elysées, 75008 Paris |
| Président | Avner Taieb |
| Administrateur provisoire | Julie Graziani |
| Activité déclarée | Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion |
| Situation signalée | Active, avec procédure collective en cours selon Pappers |
Pourquoi Alliance Vision a-t-il été déconventionné ?
Les pratiques reprochées par l’Assurance maladie
Le déconventionnement de 13 centres Alliance Vision a été prononcé à compter du 21 août 2023, pour une durée de 5 ans selon les Cahiers d’ophtalmologie. La raison avancée par l’Assurance maladie tient à des soupçons de fraude.
Les sources évoquent plusieurs pratiques reprochées :
- facturation d’actes fictifs,
- anomalies de facturation à grande échelle,
- dans le cadre de l’enquête pénale, des soupçons d’exercice illégal de la médecine,
- des faits qualifiés d’escroquerie en bande organisée et de blanchiment.
Le dossier dépasse le simple contentieux administratif. L’Assurance maladie a non seulement retiré le bénéfice du conventionnement à ces centres, mais elle a aussi porté plainte.
Comment la fraude présumée a été détectée
Les investigations ont été alimentées par des contrôles de l’Assurance maladie et par l’analyse des flux de facturation. ICI rapporte que 27 plaintes pénales avaient été déposées par les Caisses primaires d’assurance maladie depuis juin 2021. Le préjudice financier déjà chiffré dans ces plaintes atteignait 7,8 millions d’euros, avec une réévaluation possible à plus de 20 millions d’euros à l’échelle du réseau.
Franceinfo indique de son côté que l’enquête sur les centres de santé s’inscrit dans un phénomène plus large de criminalité organisée, avec une robotisation de la facturation d’actes évoquée dans l’article. Fin mars 2026, 7 personnes étaient mises en examen dans une enquête portant sur 18 centres de santé, essentiellement dentaires, pour un montant suspecté de 58 millions d’euros. Alliance Vision s’inscrit dans ce paysage plus large des dérives constatées par les enquêteurs.
Combien de centres Alliance Vision ont été concernés ?
Les 13 centres déconventionnés et leur répartition
Le chiffre qui revient dans les sources est clair, 13 centres de santé Alliance Vision ont été déconventionnés. Les Cahiers d’ophtalmologie précisent qu’ils étaient répartis dans 9 régions.
Toutes les listes détaillées d’adresses ne sont pas reprises dans les sources fournies ici, mais plusieurs villes ou territoires sont explicitement cités :

- Le Mans, avec un centre concerné par le déconventionnement à partir du 21 août 2023,
- Le Havre, mis en avant dans les articles sur le développement du réseau,
- Paris, où deux établissements avaient été ouverts selon Challenges.
Le centre du Mans a ensuite disparu du paysage local. Ouest-France rapporte qu’un nouveau centre d’ophtalmologie pourrait ouvrir quai Ledru-Rollin à sa place, sous l’enseigne Cabinet médical de la Sarthe, avec des consultations d’ophtalmologie, des IVT, de l’exploration fonctionnelle et du laser.
Quels sont les montants de fraude évoqués ?
Les montants cités varient selon la date des enquêtes, le périmètre retenu et l’état de la procédure. Il faut donc les lire avec prudence.
| Source | Montant évoqué | Périmètre ou précision |
|---|---|---|
| ICI | 7,8 millions d’euros | Préjudice financier déjà chiffré dans 27 plaintes pénales déposées depuis juin 2021 |
| ICI | Plus de 20 millions d’euros | Réévaluation possible pour l’ensemble du réseau |
| Challenges | 21 millions d’euros | Montant des anomalies de facturation découvertes selon l’article |
| Franceinfo | 58 millions d’euros | Enquête plus large sur 18 centres de santé, pas limitée au seul réseau Alliance Vision |
| ICI, Sarthe | 500 000 à 800 000 euros | Préjudice local estimé pour le centre du Mans |
Pour Alliance Vision au sens strict du réseau de centres visé par le déconventionnement, les estimations les plus souvent citées tournent autour de plus de 20 millions d’euros, avec un chiffre de 21 millions d’euros repris par Challenges. Le montant de 58 millions d’euros correspond à une enquête pénale plus large sur plusieurs centres de santé.
Les patients sont-ils encore remboursés chez Alliance Vision ?
Ce que change concrètement le déconventionnement sur la prise en charge
Le déconventionnement a un effet immédiat pour les patients, les consultations dans les centres concernés ne sont plus remboursées normalement par l’Assurance maladie. Les Cahiers d’ophtalmologie parlent d’une prise en charge presque nulle, et ICI donne des exemples très parlants.
Après déconventionnement, les remboursements annoncés étaient de :

- 61 centimes pour une consultation de médecine générale,
- 1,22 euro pour une consultation chez un spécialiste.
Pour un patient, la différence est considérable. Le centre reste tenu d’informer clairement sa patientèle du déconventionnement et des nouveaux tarifs. Dans les faits, cela crée un reste à charge qui peut rendre le suivi médical difficile, surtout pour les personnes ayant besoin de consultations régulières.
Les témoignages relayés par la presse locale montrent l’impact concret de cette situation. Une patiente du Mans expliquait qu’avec une pension de 1 000 euros, une consultation à 26 euros chez le généraliste ne lui serait remboursée qu’à hauteur d’environ 1 euro. Une autre, suivie à la fois en médecine générale, en ophtalmologie et en dentaire, indiquait devoir envisager d’autres praticiens malgré les contraintes de déplacement.
Quelles suites judiciaires ont été engagées contre Alliance Vision ?
Le dossier a pris une dimension pénale importante. D’après Challenges, une information judiciaire a été ouverte par la Junalco, la division du parquet de Paris spécialisée dans la criminalité organisée. Sept personnes ont été mises en examen, parmi lesquelles les fondateurs et des orthoptistes.
Les qualifications pénales citées sont lourdes :
- escroquerie en bande organisée,
- blanchiment,
- exercice illégal de la médecine.
L’Assurance maladie a de son côté multiplié les signalements et les plaintes. Le nombre de 27 plaintes pénales déposées depuis juin 2021 donne une idée de l’ampleur du contentieux déjà engagé par les CPAM.
Sur le plan économique, Challenges indique aussi que le groupe a été placé en liquidation judiciaire fin 2023. Cette donnée doit être mise en perspective avec les informations d’annuaire d’entreprises, qui continuent à afficher une société active sous la dénomination GROUPE ALLIANCE VISION, mais avec une procédure collective en cours. Cela peut s’expliquer par la différence entre la structure juridique de tête, les établissements, les dates de mise à jour des registres et le périmètre exact des entités concernées.
Alliance Vision existe-t-il encore aujourd’hui ?
La réponse dépend de ce que l’on désigne par Alliance Vision.
Si l’on parle du réseau de centres de santé visé par l’affaire, il a été profondément désorganisé par le déconventionnement de 13 centres, les plaintes pénales, les mises en examen et la liquidation judiciaire mentionnée dans la presse pour la fin de l’année 2023. Certains sites ont fermé ou ont vocation à être remplacés par d’autres structures, comme au Mans.
Si l’on parle de la société GROUPE ALLIANCE VISION au registre, les données publiques la montrent encore en activité, avec 2 établissements dont 1 en activité selon l’Annuaire des entreprises, une mise à jour Insee au 6 décembre 2025 et une mise à jour RNE au 19 mai 2024. Pappers l’affiche également comme active, tout en signalant une procédure collective en cours.
Enfin, le nom Alliance Vision continue aussi d’exister dans un autre univers, celui de la vision industrielle, avec une offre de caméras, optiques, logiciels, systèmes de vision et solutions techniques destinées à l’industrie et à la recherche. Mélanger ces deux réalités conduit à de nombreux contresens.
Le point utile à retenir est donc simple, Alliance Vision n’est pas un nom univoque. Pour toute recherche sérieuse, il faut distinguer le réseau de centres de santé au cœur de l’enquête, la société immatriculée figurant dans les bases publiques et l’entreprise de vision industrielle portant le même nom. C’est cette distinction qui permet de lire correctement les informations, de comprendre la portée du déconventionnement pour les patients et d’éviter d’attribuer à une activité des faits relevant d’une autre.





